Rien à raconter

Blog de l'inutile, futile, mots du dérisoire arrosé, chronique édentée de l'anecdotique .

12 avril 2008

LE FORUM

Le petit amphi était plein, les interventions, NE PAS DÉPASSER 10 MINUTES, s’enchaînaient, sans déchaîner qui que ce fût, , les PowerPoint prenaient le pouvoir sur de  pauvres tacherons tâchant d’être dans les temps, relisant laborieux leurs notes, s’échinant sans rechigner, le barbant était monarque au royaume du pitoyable massacrant sans vergogne par son atalent le travail de ses subordonnés, le hiérarchique mais ne crache pas sur les miettes de gloriole du moins le croit-il s’imaginant susciter par son talent supposé par lui les rares rires de l’assistance.

Je m’étais installé en bout de rangée, avais repéré les toilettum pour nous les hommes sachant de quoi est capable mon pauvre corps sous les coups sournois du trac, ce vieux compagnon de routes et déroutes. Au premier rang siégeait l’aréopage complété par quelques courtisans empesés autant qu’empressés, et çà hochait la tête et çà riait quand le chef opinait, avec un mimétisme touchant.

La maîtresse du temps, impitoyable, coupait la parole à tour de bras, interrompant certain naufrage mais coulant aussi de tranquilles embarcations, il faut le dire, çà ronronnait ferme, çà montrait ostensiblement qu’on avait bien compris le thème du forum, çà martelait le nom qu’il fallait placer, çà l’ânonnait même avec une insistance zélée.

L’ardeur de la maîtresse susdite avança le moment de l’épreuve, je laissai piteux poli ma partenaire descendre la première vers le lieu de notre exécution, je la délaissai se diriger conquérante vers estrade et micros et contre toute attente,,devant les yeux émerveillés de tant de bravoure de la rangée de chefs et cheffes ,pris la tangente et la porte de sortie de l’amphi, puis revins de suite sur mes pas, tête basse, comprenant que je n’avais pas le choix, j’espère que ma phrase n’est pas trop longue au risque que vous perdiez le fil de ce moment palpitant , enfin pas tant que çà, où justement le mien de palpitant s’emballait de peur , des peurs primaires, rater la première marche, ne pas réussir à ouvrir le micro, ne pas savoir faire fonctionner le poouèrepointe , m’abîmer en mer, en bref je m’installai face à un public à qui, je me le demande encore.

Laisser passer quelques secondes, le coeur se calmer, un coup d’œil sur le matériel, les autres y sont bien arrivés , dix heures c’est l’heure à laquelle je préviens ma maman que je vais venir déjeuner, il faut dire que le vendredi quand je le peux je déjeune avec mes vieux parents, mais il me faut bien me lancer, éradiquer le trac par une accroche forte, mettre la barre bien haut pour être sûr de passer dessous, montrer que je possède mon sujet, j’ai l’impression qu’un murmure inaudible s’échappe vers un micro surpris par mon filet de voix , mais c’est bien moi et l’on me dira que ma voix était assurée , que mon sérieux papal faisait plaisir à voir, surtout ne pas regarder la Directrice de l’Action Sociale, modèle de sérieux à l’humour étique : «  notre intervention était prévue à dix heures vingt, il est dix heures , nous allons passer à l’heure prévue » , ne regarder personne,laisser  un lourd silence  invité surprise s’asseoir, consulter ostensiblement ma montre «  encore dix neuf minutes, çà va être long » comme les têtes hiérarchiques qui s’allongent tandis que la piétaille, mes égaux, enfin se marre , je peux commencer les hostilités et mettre fin à l’angoisse de  ma collègue d’infortune qui se doutait de quoi j’étais capable.

Ainsi il serait question de subsidiarité et d’obligation alimentaire, je proposai à l’assemblée sous le charme de mon charisme, surtout ne pas regarder le rang des pontes, « un petit détour par l’étymologie pour bien comprendre de quoi l’on va parler ».

Je remontai, monstre de sériosité, au 14e siècle, pour évoquer  « ces chevaliers subsidiaires »  grâce auxquels, et là je ne les félicite pas, je suis là aujourd’hui devant 150 personnes qui par un prompt renfort, mais là c’est une autre histoire.

Devant l’hilarité suscitée par mes propos pourtant fort éclairants autant qu’érudissants, ne pas regarder le premier rang, une soudaine frénésie me saisit et j’évoquai le verbe haut « ces chevaliers à l’armure rutilante,au casque coruscant,  leur lance piteusement posée à terre, inutile ... » avant de tomber de cheval et reprendre le cours normal de ma brillante prestation, il faut dire, et c’est là un bénéfice collatéral de mon abyssale timidité, que j’avais beaucoup travaillé le fond de mon intervention

La maîtresse du temps en resta coi, là encore je me le demande, et après vingt minutes, se décida enfin à reprendre son rôle, c’est que moi à la tribune je me plaisais bien.

Ma modique modestie légendaire m’oblige à ne pas vous parler des multiples témoignages que je reçus après cette exceptionnelle prestation extraordinaire, oui j’en souffre mais c’est là la crue vérité, jusqu’à cette Directrice d’Action Sociale, c’est son titre, qui en conclusion de ce forum, c’est son nom, révéla à un auditoire encore sous le charme «  avoir reçu le témoignage que l’on pouvait faire du travail sérieux sans se prendre au sérieux ».

 Ben ma pauv’dame, c’est que je me tais à vous dire ou plutôt à ne pas vous dire.

 

Posté par Truly à 10:48 - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Tu m'inviteras au prochain forum, dis ?
Si j'avais une once de ton humour ....

Posté par la discrète, 12 avril 2008 à 20:56

F.A.C.

Lieu idéal pour mettre en évidence tes talents. Tu les dépasses tous.

Posté par Thé, 12 avril 2008 à 21:52

@la discrète

Quand on a que l'humour...
Forum très privé :)))

Posté par Truly, 12 avril 2008 à 22:45

@ Thé

F.A.C. ...euh ...tu m'expliqueras en chair et en os

Posté par Truly, 12 avril 2008 à 22:47

Voilà déjà quelques temps que je viens te lire. Je suis impressionnée par la richesse de ton vocabulaire, et par ta facilité à écrire. Ce n'est jamais lourd, jamais ennuyeux, tu choisis toujours le mot juste, c'est vraiment très agréable. Merci pour ça. Et bravo pour cette intervention "sérieuse".

Posté par Lulu, 13 avril 2008 à 00:20

@ Lulu

Je croyais n'être lu que par quelques fidèles alors c'est peu de dire que je suis touché par ce que vous me dîtes là ...merci tout simplement

Loïc

Posté par Truly, 13 avril 2008 à 10:29

bravo ! bravissimo !
quel talent
ce texte je l'ai relu tout haut, tant ses sonorités sont hautes en couleurs
j'aurais adorer assister à cette prestation
qui devait être à la hauteur de ton style ! (c'est tout en haut aujourd'hui :-)

Posté par frisaplat, 13 avril 2008 à 16:57

Reviendue ici.

Ce que j'aime le plus, c'est quand tu laisses parler ton humanité. Ta sensibilité m'en rappelle une autre...

Posté par MomoInZeWood, 13 avril 2008 à 21:54

oui mais...

merci pour ton com et de toute manière je me suis de nouveau sa meilleure amie d'enfance mais...merci quand même biz a+

Posté par la star 004, 15 avril 2008 à 19:06

@ Isa

Arrêtes de te moquer nan continues, finalement j'y crois, je te crois, enfin je crois...

Posté par Truly, 21 avril 2008 à 22:01

@Momo

Comment qu'elle commente celle-là, je suis reviendé de vacances pour lire çà...content de te relire , ici et chez toi

Posté par Truly, 21 avril 2008 à 22:03

@ La star

Alors bonne route et plein de rencontres sur ce chemin qui s'ouvre...

Posté par Truly, 21 avril 2008 à 22:04

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