30 avril 2008
EXTIME
Des mois que j’écris sur ce blog
soi-disant intime, pourtant je le sais bien il est plutôt extime et j’y parle
finalement assez peu de moi. Truly a pris le pouvoir, il faut dire qu’il a de nombreux avantages, d’abord on ne le
voit pas, alors c’est facile pour lui, il peut rouler des muscles aussi
saillants que les miens sont défaillants, il peut faire le beau sans effort
quand je joue, contraint, les Mister Hyde, il peut faire venir la larme à l’œil ça
ne lui coûte pas beaucoup.
Bref, il commence vraiment à m’agacer
le Truly.
Alors ce soir, c’est décidé, j’intime.
Dehors le Truly, marre de rejouer les Mister Eraserhead, ce soir je le lynche l’ami
Truly.
Bon, je vais parler de moi, oui
c’est ça, je vais me révéler.
Je ne m’inquiète pas trop, ça va
sûrement venir, faut dire que je n’ai pas trop l’habitude de parler de moi, je
suis tellement pudique, c’est vrai je vais bien trouver quelque chose d’intéressant,
voire de passionnant, juste un petit quelque chose. Là comme ça, je vous le
concède mais ne cèderait pas pour autant, je ne vois rien à dire, c’est une vie
tellement normale, si terne et si banale, circulez ya rien à lire.
Pas une idée à l’horizon de mon clavier,
les lettres qui me regardent goguenardes, les neurones qui se font la malle,
sans un mot,tous me disent allez mets un point final.
21 avril 2008
GUERISON
J’attendais patiemment mon tour,
j’écoutais tranquillement les interventions de collègues connus ou non, des
sujets que je découvrais ou non, d’une oreille plus ou moins attentive. Il prit
place à la tribune avec une de ses collègues, la prestation fut sans intérêt, la lumière blafarde
et verdâtre de sa bêtise crachait quelques rayons fatigués sur l’assistance, il
était si terne, quelques rires plutôt gênés fusaient au ras de la moquette, il étala,
cerise sur l’indigeste gâteau, sa goujaterie en interrompant cavalièrement,
triste canasson, la parole de sa partenaire qui ne prit pas la peine de relever
le gant de l’imbécillité et je me disais qu’elle avait bien raison.
Et là, j’ai soudain mesuré le
chemin parcouru, plus rien ne se passait, le fil aliénant était rompu, je ne me
réjouissais pas de son naufrage, je songeais simplement comment j’avais pu me
faire démolir par un benêt pareil, je songeais à ces mois d’arrêt maladie,
terré dans ma dépression, je pensais à ces trois années de traitements chimiques,
je pensais à tous ceux qui m’aiment, à ceux qui m’apprécient , à ceux qui ne me
reconnaissaient pas, pris que j’étais dans la nasse manipulante.
Il pouvait bien se pavaner dans
sa nullité, il pouvait bien étaler son insondable vacuité,la chanter
dans toutes les langues, sur tous les tons, c’était terminé
et je me foutais tout autant de ce que
les autres pouvaient penser d’un tel personnage, je n’ai plus besoin de mettre
le baume de la vengeance sur mes cicatrices, j’ai repris mon chemin et je sais
que sur ce chemin là je ne le croiserai plus, définitivement.
12 avril 2008
LE FORUM
Le
petit amphi était plein, les interventions, NE PAS DÉPASSER 10 MINUTES,
s’enchaînaient, sans déchaîner qui que ce fût, , les PowerPoint prenaient le
pouvoir sur de pauvres tacherons tâchant d’être dans les temps, relisant
laborieux leurs notes, s’échinant sans rechigner, le barbant était monarque au
royaume du pitoyable massacrant sans vergogne par son atalent le travail de ses
subordonnés, le hiérarchique mais ne crache pas sur les miettes de gloriole du
moins le croit-il s’imaginant susciter par son talent supposé par lui les rares
rires de l’assistance.
Je
m’étais installé en bout de rangée, avais repéré les toilettum pour nous les
hommes sachant de quoi est capable mon pauvre corps sous les coups sournois du
trac, ce vieux compagnon de routes et déroutes. Au premier rang siégeait l’aréopage
complété par quelques courtisans empesés autant qu’empressés, et çà
hochait la tête et çà riait quand le chef opinait, avec un mimétisme touchant.
La
maîtresse du temps, impitoyable, coupait la parole à tour de bras, interrompant
certain naufrage mais coulant aussi de tranquilles embarcations, il faut le
dire, çà ronronnait ferme, çà montrait ostensiblement qu’on avait bien compris
le thème du forum, çà martelait le nom qu’il fallait placer, çà l’ânonnait même
avec une insistance zélée.
L’ardeur
de la maîtresse susdite avança le moment de l’épreuve, je laissai piteux poli
ma partenaire descendre la première vers le lieu de notre exécution, je la délaissai
se diriger conquérante vers estrade et micros et contre toute attente,,devant
les yeux émerveillés de tant de bravoure de la rangée de chefs et
cheffes ,pris la tangente et la porte de sortie de l’amphi, puis revins de
suite sur mes pas, tête basse, comprenant que je n’avais pas le choix, j’espère
que ma phrase n’est pas trop longue au risque que vous perdiez le fil de ce
moment palpitant , enfin pas tant que çà, où justement le mien de palpitant
s’emballait de peur , des peurs primaires, rater la première marche, ne pas
réussir à ouvrir le micro, ne pas savoir faire fonctionner le poouèrepointe , m’abîmer
en mer, en bref je m’installai face à un public à qui, je me le demande encore.
Laisser
passer quelques secondes, le coeur se calmer, un coup d’œil sur le matériel,
les autres y sont bien arrivés , dix heures c’est l’heure à laquelle je
préviens ma maman que je vais venir déjeuner, il faut dire que le vendredi
quand je le peux je déjeune avec mes vieux parents, mais il me faut bien
me lancer, éradiquer le trac par une accroche forte, mettre la barre bien haut
pour être sûr de passer dessous, montrer que je possède mon sujet, j’ai
l’impression qu’un murmure inaudible s’échappe vers un micro surpris par mon
filet de voix , mais c’est bien moi et l’on me dira que ma voix était assurée ,
que mon sérieux papal faisait plaisir à voir, surtout ne pas regarder la
Directrice de l’Action Sociale, modèle de sérieux à l’humour étique : « notre
intervention était prévue à dix heures vingt, il est dix heures , nous allons
passer à l’heure prévue » , ne regarder personne,laisser un lourd silence invité surprise s’asseoir,
consulter ostensiblement ma montre « encore dix neuf minutes, çà va
être long » comme les têtes hiérarchiques qui s’allongent tandis que la
piétaille, mes égaux, enfin se marre , je peux commencer les hostilités et
mettre fin à l’angoisse de ma collègue d’infortune qui se doutait de quoi
j’étais capable.
Ainsi
il serait question de subsidiarité et d’obligation alimentaire, je proposai à
l’assemblée sous le charme de mon charisme, surtout ne pas regarder le rang des
pontes, « un petit détour par l’étymologie pour bien comprendre de
quoi l’on va parler ».
Je
remontai, monstre de sériosité, au 14e siècle, pour évoquer « ces
chevaliers subsidiaires » grâce auxquels, et là je ne les félicite
pas, je suis là aujourd’hui devant 150 personnes qui par un prompt renfort,
mais là c’est une autre histoire.
Devant
l’hilarité suscitée par mes propos pourtant fort éclairants autant
qu’érudissants, ne pas regarder le premier rang, une soudaine frénésie me
saisit et j’évoquai le verbe haut « ces chevaliers à l’armure rutilante,au
casque coruscant, leur lance piteusement
posée à terre, inutile ... » avant de tomber de cheval et reprendre le
cours normal de ma brillante prestation, il faut dire, et c’est là un bénéfice
collatéral de mon abyssale timidité, que j’avais beaucoup travaillé le fond de
mon intervention
La
maîtresse du temps en resta coi, là encore je me le demande, et après vingt
minutes, se décida enfin à reprendre son rôle, c’est que moi à la tribune
je me plaisais bien.
Ma modique modestie légendaire m’oblige à ne pas vous parler des multiples témoignages que je reçus après cette exceptionnelle prestation extraordinaire, oui j’en souffre mais c’est là la crue vérité, jusqu’à cette Directrice d’Action Sociale, c’est son titre, qui en conclusion de ce forum, c’est son nom, révéla à un auditoire encore sous le charme « avoir reçu le témoignage que l’on pouvait faire du travail sérieux sans se prendre au sérieux ».
Ben ma pauv’dame, c’est que je me tais à vous
dire ou plutôt à ne pas vous dire.
07 avril 2008
UN VENDREDI HABITUEL
17 heures, un vendredi habituel à Rennes, les bureaux
recrachaient les modestes employés, les cadres seraient évacuées un peu plus
tard, l’avenue Janvier était prise d’assaut
par des véhicules légers, un acrobate cycliste préparait son numéro de cirque,
les deux roues motorisés filaient un coup à droite, un coup à gauche, un bus dégingandé changeait de file
sans crier gare, il faut dire à sa décharge qu’elle était derrière lui, des
piétons piétonnaient, chacun semblait savoir ce qu’il avait à faire.
Tout était normal, tout était en
ordre dans ma bonne ville de Rennes.
Des automobilistes pleins d’empathie
se faisaient des petits gestes amicaux soulignés de conviviaux coups d’avertisseur.
Un véhicule rouge plus pressé que d’autres faisait hurler sa sirène hurlante,
tout était normal dans ma bonne ville rennaise.
17 heurs 02. Arrivée au pont
Pasteur, quelques badauds penchés au dessus de la Vilaine. Un véhicule qui s‘engage
sans état d’âme sur le trottoir, s'arrête dans un crissement de film, on allume ses feux de détresse, on s’éjecte à
l’avant, on s’éjecte à l’arrière, portable à l’oreille, les portières claquent,
les passants s’offusquent, et çà s’indigne et çà fulmine contre ces irrespectueux qui ne respectent
rien .
Çà n’est pas normal dans ma
bonne ville de Rennes un tel manque de savoir se garer.
Ce samedi, quelques lignes dans
le journal de ma ville. Le corps de l’étudiant disparu depuis cinq jours
retrouvé dans la Vilaine près du pont Pasteur vendredi vers 16 h 45.
04 avril 2008
COMME AVANT
Cela faisait si longtemps. La
dernière fois, tes doigts agiles caressaient les cordes de ta vieille guitare,
la dernière fois tu massacrais un vieux Beatles dans ton drôle d’anglais, la dernière fois tu
étais le roi du barbecue, la dernière fois tu nous faisais si bien croire que tout allait
bien, la dernière fois. La dernière fois tes mots dévalaient la pente de tes
idées, la dernière fois l’alcool était ton compagnon de toutes les fêtes, la
dernière fois la cigarette était ta compagne des instants de doute, la dernière
fois. La dernière fois, tu avais tous les appétits, la dernière fois tu étais le
petit frère aux doigts d’or, la dernière fois tu étais le petit frère au cœur d’or,
la dernière fois.
Pour la première fois depuis ce
maudit matin où ton cerveau t’a trahi, ce maudit matin où l’on te retrouva dans
ton sang, ce maudit matin où tu finis par sombrer après des heures de lutte
solitaire à terre, pour la première fois depuis ces quatre années comme autant
de siècles nous nous sommes retrouvés.
Comme avant nous avons terminé
le repas par la séance rituelle de diapos,
nous avons ri comme avant devant l’écran impitoyable de nos souvenirs d’enfants
heureux.
C’était comme avant, presque comme avant.
02 avril 2008
PORTAIL
Il a arrêté sa petite auto , a
sorti son mètre démesuré, a pris le
pouls du pauvre portail dépoitraillé, a tourné un visage défiguré autant
qu’expressif pour nous dire que décidément le fidèle serviteur ne passerait pas
les tempêtes qui ne manqueraient pas d’éprouver sa vielle carcasse.
Il a pris des mesures de haut en
bas et de long en large, il a sorti de belles images de portails fiers comme
des bars tabac, tous rutilants dans leurs robes d’aluminium, le vieux portail,
peiné, écoutait le pêne baissé, honteux de ses jambes en pévécé délabré. Il savait que les dernières heures arrivaient,
que les derniers vents allaient danser l’ultime ronde frénétique, il savait qu’il
ne pourrait pas lutter contre de plus jeunes, de plus beaux, de plus solides.
Il leur souhaitera bons vents, sans rancoeur, avant de s’en aller rejoindre le cimetière des
portails.





