12 juin 2009
Compagne fidèle
Elle l’a d’abord pris par surprise, là où il s’y attendait le moins, entre poireaux et carottes, elle lui a fait mettre un genou en terre, à terre aurait bien suffi, mais il fallait sans doute que le message soit clair. Dans une pâle et mâle attitude il s’était relevé, un sourire de défi aux lèvres, mais l’ennemie ne lui laissa pas le temps de soupeser la poire et cette fois elle lui fit monter le blanc de neige aux joues qu’il avait couperosées. Il sentit qu’il allait tomber dans les pommes. Dans un effort désespérant, il cria grâce, mais personne ne se retourna et il continua de faire pâle figure en rang d’oignons.
Il faut croire que ce n’était qu’un simple avertissement au frais de la princesse, il reprit son souffle honteusement caché parmi quelques tomates, cerises sur le gâteau ce qui ne gâte rien. Autour de lui personne ne semblait avoir remarqué l’échauffourée glaciale. Sa femme le tança, l’œil humide, t’as pensé à l’ail ?
Les jours suivants, il resta sur ses gardes mais rien ne vint, une main amicale sur l’épaule le faisait sursauter, mais il semblait avoir été oublié par la belle et reprenait des couleurs sur ses vieilles douleurs.
La seconde rencontre n’en fut que plus
cinglante, il paradait, il décochait ses bons mots, décrochant des sourires qui
s’ils les avaient bien regardés n’étaient que complaisants, mais savait-il
encore voir. Il n’y eut cette fois là qu’un seul coup, long, terrifiant,
patient. Prenant tout son temps pour fouailler ses entrailles, elle lui
disait je ne te lâcherai pas, tu n’oublieras pas cette fois, la mer s’était
retirée laissant son visage exsangue, les rides sablonneuses s’évertuaient en
vain à ne pas devenir verdâtres, le souffle était encore plus court que
d’habitude, rien ne bougeait, figé, le temps arrêté. Je ne la voyais pas,
j’ignorais pourquoi elle s’en prenait à moi. Il s’arrima au premier meuble
venu, pas un mot n’osait se montrer, les sourires vaquaient à leurs
occupations, il savait qu’il était seul avec elle et qu’elle serait fidèle. Elle
relâcha petit à petit son étreinte, doucement presque amoureusement il la
sentait glisser langoureuse sur son corps mourant, tout en lui susurrant
je suis là si tu as besoin de moi et crois-moi, tu auras besoin de moi.
Elle a finalement abandonné la partie, il y a tant d’autres pauvres humains à faire souffrir, mais je le sais, un jour elle reviendra, sournoise, ailleurs de mon pauvre corps, préparer le terrain pour sa bonne copine, la faucheuse, la fâcheuse, celle qui nous attend tous, patiemment.





