Un jeune voisin de mes parents est décédé dimanche dernier , plus précisément dans la nuit de dimanche à lundi .

Enfin,jeune pour mes vieux parents qui le connaissaient depuis près de 45 ans . Le dimanche précédent avec d'autres amis de leur petite rue, ils avaient fêté comme tous les ans depuis plus de trente ans la Saint-André, restaurant annuel et rituel, chacun choisissait le  lieu et réservait la surprise aux autres . la prochaine fois c'était leur tour , à lui et sa femme. Il ne respectera pas son engagement.

Je le connaissais peu, j'ai habité peu de temps dans cette  petite maison de cette petite rue, je me souviens toutefois que ce couple faisait partie, comme mes parents, des premiers habitants . Ils étaient à l'époque les plus jeunes à s'installer. Il ne reste pas beaucoup de couples de ces pionniers de la rue,mes parents font de la résistance.

Je le connaissais plus par ce qu'en disait mon père, lequel tout ami qu'il fût , avait parfois la dent dure avec cet autre André "qui n'était pas toujours, il faut comprendre pas souvent, très fin". Il semblait avoir le verbe haut et l'humour gras, voire graveleux . J'ai aussi entendu mon père en parler comme d'un bricoleur, magouilleur , aux combines pas toujours très claires, il faut entendre assez souvent. Bricoleur habile et me semble-t-il mes parents ont aussi parfois bénéficié de ce talent là, mais "il n'était pas très fin" .

C'était aussi un sportif accompli, grand cycliste devant l'Eternel, ce qui lui fait aujourd'hui une belle jambe, jambes qu'au petit matin sa femme a trouvées un peu fraîches en ce lundi matin frisquet. Ce n'est qu'après une heure qu'elle s'est étonnée qu'il ne se levât pas, lui qui selon ses dires, que mon père trouvait souvent exagérés, ne dormait que quatre heures par nuit . Et cette fois , elle le trouva complètement froid, mort dans son sommeil. Arrêt cardiaque .

Il avait pourtant effectué la veille ses 70 kilomètres comme d'habitude . La veille encore, ils évoquaient leur futur voyage en Italie dans leur grand camping-car qui trônait , imperturbable, devant leurs fenêtres. Je me demandais souvent quand je rendais visite à mes parents comment ils pouvaient avoir besoin d'un tel monstre . Mon père disait qu'il aimait bien montrer sa réussite, le grand camping-car servait sans doute aussi à cela.

Bien qu'il ne fût pas très fin de son vivant, mes parents ont été très affectés par cette fin brutale . C'est encore un bout de leur monde qui s'en va, après d'autres aux fins moins inattendus. Sa femme saura faire face me dit ma maman, elle est courageuse .

Je ne suis pas très charitable, je devrais compatir plus, j'aurais dû mettre une carte de visite me dit gentiment ma mère, elle me dit toujours les choses gentiment . Mais j'avoue que ce qui m'a vraiment traversé la tête, quand ma mère m'a appris ce décès brutal, ce fût une étrange idée,  que je ne pouvais pas décemment avouer à mes vieux parents.

Je me suis dit " mince alors, il ne sait même pas qu'il est mort" . Et c'est quelque chose qui d'une certaine manière me bouleverse et qui n'est pas facile à aborder . Une vieille amie à qui j'exposais ma drôle d'idée me répondit que " c'était une belle mort et que c'était mieux que de souffrir pendant des mois , voire des années" .

Oui certes, j'en conviens, mais quand même je trouve ça "con" de ne pas savoir qu'on est mort et je n'aimerais pas que ça m'arrive, pas de mon vivant en tout cas. J'aimerais, même quelques instants, savoir que je quitte ce monde, sinon je crois que j'en serais inconsolable .