Rien à raconter

Blog de l'inutile, futile, mots du dérisoire arrosé, chronique édentée de l'anecdotique .

18 mars 2008

ORDINAIRE

Une journée habituelle de travail entre coups de  téléphone, entretiens d’aide, dossiers, écran, tableaux Excel, Word, Lotus Notes, mail, fax, café, collègue besoin d’un avis, toi qui sais tout, ben voyons, dispositif vacances pour les plus démunis, un agent des Impôts qui s’est senti pousser les ailes de l’Aidant  « ah j’aurai aimé être assistante sociale ».Une journée comme les autres. Une jeune fille comme les autres, pleine de sourires,  pas 21 ans, déjà criblée de dettes, tranquille, interdit bancaire, me demandant si je peux l’aider pour ce logement qu’elle occupe depuis trois mois et 1500euros de retard de loyers, et puis aussi comment je fais pour mes deux chèques de dépôt de garantie, restés de bois depuis ces trois mois et le propriétaire, oh le vilain ,qui menace de les déposer à la banque, hein comment je vais faire moi, sans travail ,sans ressource en attendant un bon boulot bien payé. Bon ben faudrait me faire un Effessel pour ma caution.
Pas de problème, y a juste à expliquer à la Commission Céellehache que vous leur devez l’argent du prêt pour le logement d’avant, vous savez celui que vous avez habité pendant six mois et que vous n’avez jamais réglé. Ah bon, vous avez payé toute la dette, y doit être content votre ancien propriétaire, ah ben alors vous avez travaillé ces derniers mois, ah oui vous avez amené vos bulletins de salaires, je vous crois, je sais bien que vous ne racontez pas d’histoires, ah vous avez gagné 600 euros en trois mois et vous avez remboursé..., ah oui 2000 euros, ah ben oui en trois fois, je me disais aussi. Vous avez négocié avec votre propriétaire actuel, vous lui avez envoyé un courrier de préavis de départ, pour dans huit jours, c’est court, mais il doit être content lui aussi, non normalement c’est trois mois, mais il est d’accord pour que vous partiez au plus vite. Et puis y a l’argent que vous nous devez, eh oui vous avez dit que vous partiez de l’ancien logement...quatre mois après, ben oui çà fait beaucoup d’argent.

Reprendre les choses dans le bon sens, oui si tout le monde est d’accord retourner chez vos parents, rechercher du travail, oui un bon boulot, puis  rédiger un courrier de demande de remise de la dette, prévoir les échéanciers, rembourser l’ancien FSL, une jeune fille souriante qui dit oui à tout, oui je reprendrai rendez-vous.

 Une journée comme les autres, je lève la tête pour apercevoir un de mes groupies, son pochon débordant de papiers. Interrompre l’entretien, intercepter l’impétrant, eh oui c’est demain notre RDV, et non je ne suis pas disponible, ah oui où en étions - nous , une journée comme les autres, une jeune fille bien sage et bien docile, qui remplit bien tous les papiers, tous les dossiers, qui signe, qui s’engage, qui atteste sur l’honneur, qui part dans un sourire éclatant, que je vois quelques instants plus tard traverser le parking puis s’asseoir à l’arrière de la voiture, bien sagement derrière Papa et Maman.

 

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13 mars 2008

GESINE

Rien de pire que de manquer d’inspiration et pourtant j’espère déroulant la spirale de mes petits mots, convoquant dans un fol espoir les plus futiles de mes mots mutants, hésitants, ridicules produits de mes neurones érodés.

Et j’inspire et j’expire et j’espère puis désespère et j’implore les moindres recoins de mon esprit étroit raclant le moindre ersatz d’idée, et j’explore les replis de mon cerveau replet repu de tant de débilités, et je convoque les grands esprits décédés qui m’ont en toute simplicité précédé comme autant de cyclones avant l’œil vide et morne de l’imbécile malheureux, comme le clame le pauvre poète, le calme avant la tempête, tant pis tente-je de tempérer, médiocre indulgent.

J’espère en des mots meilleurs, je courbe l’échine et je chine, courbe et fourbe scribouilleur, les mots mouvants et je m’embourbe dans des phrases nauséeuses que de peur je n’ose poser sur la page vierge qui rougit sous ces horreurs se demandant même si elle sourit de quelle monstre inusité elle va accoucher.  

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11 mars 2008

BANALE

Elle écoutait attentive les explications, discrète, presque banale, une jeune femme toute simple. Elle posait les questions attendues, conforme, bien comme il faut, pas un mot ne dépassait. C’était juste un moment d’une vie sans relief, elle ne portait aucun stigmate d’une séparation difficile,cela avait du se faire comme çà presque sans s’en rendre compte, une petite rivière toute calme qui au confluent s’était dédoublée, sans bruit, sans larme, sans torrent .

L’entretien continuait lisse, sans aspérité, les choses avaient été bien faites, les procédures étaient en cours, il versait même déjà une pension alimentaire pour les enfants, spontanément, bien sûr c’est un peu moins que ce que demandait l’avocate, et puis c’était d’accord il aurait les enfants un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, une séparation sans anicroche, une vie de couple tranquille qui se finissait comme elle avait vécue, une vie conjugale qui avait perdu ses accords,qui s’était effacée sous les coups de gomme du quotidien. Je prenais mon temps, c’était un entretien apaisant venant après deux autres faits de coups, de violence conjugale d’alcool, de mauvais mots qui infligeaient de pernicieuses blessures.

Puis une petite phrase qui passait par là par hasard, presque égarée, n’osant pas demander son chemin

« Oh bien sûr il y a eu la lettre du Ministère de l’Intérieur qui trouvait que pour la garde des enfants y avait peut être un problème » Puis un torrent soudain gonflé par une pluie de mauvais souvenirs, toujours d’une voix égale, comme étrangère à ses mots d’une autre planète  ".ben oui parce que quand il a m’a mise à la porte, il avait beaucoup bu, et il s’était enfermé avec les enfants en disant qu’il allait les tuer et lui avec,et puis aussi,comment on l’appelle déjà, ah oui le GIGN, ils étaient là avec leurs armes. Nan c’était pas la première fois mais là il avait vraiment beaucoup bu, c’est comme ses trois tentatives de suicide, les deux premières j’y croyais pas, c’est juste qu’il aime qu’on s’intéresse à lui, mais la troisième si je n’étais pas rentrée en avance...oh oui, mon avocate quand je lui ai dit qu’on était d’accord pour les droits d’hébergement, même si je ne suis pas rassurée quand il a bu, elle était plutôt étonnée"

Juste une petite vie banale, une jeune femme discrète, sans histoires, un petit filet d’eau tranquille.

 

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05 mars 2008

CONVALESCENCE

Tranquillement installé dans un fauteuil, les avant-bras négligemment posés sur les accoudoirs, il reçoit les amis boulistes et pongistes dans une somptueuse robe de chambre de chez Carrefour achetée par sa tendre épouse «  J’vais quand même pas mettre çà !! ».Parrain convalescent, il écoute les paroles réconfortantes, opine comme un chef, délivre un bon mot comme un revers en coin de table, assène une belle repartie, congédie d’un mouvement imperceptible de la main.

Ses trois fils sont désormais  autour de lui, attentifs.

Le patriarche, à coup de poches de sang, a repris des forces, mais une fois les amis repartis, le Parrain s’efface, les doutes resurgissent des plis de la robe de chambre, les yeux perdent de leur malice, les larmes sonnent l’alarme, les épaules s’abaissent. Les trois fils s’approchent, pas dupes de son numéro de cinéma, savent qu’il va falloir recoller les morceaux, rassurer, c’est normal, l’opération est encore si proche, çà va revenir, tous ces mots bienveillants qui font si mal voulant faire bien, attendre que le temps donne ses réponses.

 

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03 mars 2008

34 SUITE

J’avais quitté un vieux coyote et son acolyte,regards hagards, dos courbés, gestes ralentis, livrant un combat dantesque contre une compote aussi paumée qu’eux, deux cow-boys retirés des affaires, moral en berne devant un petit suisse combatif.

J’ai trouvé hier deux pipelets,  deux garnements au cœur gros comme çà, deux vieux copains se jetant des regards complices, deux gamins ravis du bon tour qu’ils viennent de jouer à ce grand con d’Ankou qui a encore raté son coup, deux enfants, le ticket à la main, prêts pour un nouveau tour de manège.

 

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02 mars 2008

CHAMBRE 34


J’ai poussé la porte de la chambre 34. Dans le premier lit,un vieillard, tu occupais donc le lit du fond.
C’était toi, ce dos voûté, vaincu, méconnaissable. Je mis quelques secondes à le comprendre avant que je ne m’aperçoive que tu regardais mon reflet dans la grande vitre, un drôle de regard par en dessous que je ne te connaissais pas.

 Je t’ai embrassé, quasi prostré tu ne protestes pas.. Ce qui me frappe, ce sont ces yeux, tes yeux, comme exorbités, comme des yeux qui ont vu une horrible vérité.

 On n’a jamais vraiment su se parler nous deux , je ne sais jamais trop quoi te dire, alors les circonstances ne nous aident pas, je sens que ce n’est pas le moment des banalités, surtout ne pas te dire que tu as une meilleure tête, je te trouvais plus reposé sur ton lit de soins intensifs, pourtant tuyauté de partout, surtout ne pas te dire que le temps fait son œuvre que dans quelques semaines tu retaperas dans la petite balle blanche, je sens que tu as des choses à dire, j’attends, je sais faire.

 Tu lèves lentement le visage, les yeux scrutateurs, je ne sais ce que tu cherches, tu commences à dire faut passer par là pour comprendre, j’attends, je sais que tu vas me parler de Pépé, je le vois assis près de toi, massif, emmuré, bloc de silence et de souffrance.


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27 février 2008

ESPOIR

Des mots sombres s’affalent sur une page blanche, les doigts  s’agitent  pantins désarticulés privés de pensées, le regard hagard  ne voit plus rien, les idées rances sans adhérence depuis si longtemps font la grève sur le tas d’immondices que constitue sa pauvre culture. Il soupire, il surine, il sœur anne mais pas une idée à l’horizon, rien pas un bon mot, même pas un petit mot, se contenterait d’un mauvais mot, mais le néant, voudrait juste qu’ils sortent, qu’ils s’extraient de la gangue fangeuse, mais dans la gangue la pierre spécieuse. Rien, les doigts s’arrêtent, pétrifiés n’osant frapper ces mots putréfiés, ces mots en sursis entre les mains décharnées du croque-mot tout à sa basse besogne. Il vitupère contre le mauvais sort aussi vite qu’il perd le fil de son ersatz de pensée, il procrastine à tour de neurones remettant ses mots à des jours moins pires, mais rien ne vient, rien ne l’inspire pris dans la spirale de la désertion de ses mots dérisoires, il croule en silence, petit vieux pitoyable. Rideau.

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24 février 2008

INESPOIR

Vieil ours en bout de course, hors du coup, plus sousvivant que survivant au milieu des quelques mots restés fidèles. Constant d’impuissance, incapable d’aide, spectateur même pas attentif de l’apparence de vie des autres. Prêt à rendre les armes, bon état, peu servies. S’enfoncer dans le silence , dans la nuit appelée, ne plus rien écouter, ne plus rien voir, ne plus rien lire, sombrer dans les eaux noirâtres et nauséabondes, fuir une toute dernière fois. Depuis le temps qu’Elle m’appelle.Fatigué.

 

 

 

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03 février 2008

UN VIEIL OURS

Un vieil ours pleurait chaque soir, mais avec pudeur, les larmes retombaient à l’intérieur. Un vieil ours dérivait seul sur son bout de banquise. Un vieil ours songeait à son fils qui faisait banquette de la vie. Le vieil ours se torturait l’esprit qu’ont les ours en se demandant s’il avait transmis les bonnes armes à cet ourson là.

Le vieil ours, qui ne savait lui-même pas se battre, connaissait trop la réponse.

Un vieil ours s’endormait comme chaque soir dans sa fourrure de honte, des sentinelles de larmes le veillaient.

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01 février 2008

PETIT FRERE

Tu étais assis en face de moi ou l’inverse, j’avais beau regarder la danse de ta main gauche, scruter tes mimiques, décidément non, je n’y arrivais pas, toutes mes questions tombaient à coté de la plaque. Tu as fini par prendre ce regard qui en dit long, ce regard qui disait "vraiment le grand frère y a rien à en tirer, y comprend rien".

Je savais ce qui allait suivre, un long soupir résigné, un « ben voilà » pour clore et on ne parlerait pas d’autre chose.

 

Puis, tu as désigné cette photo parmi plein d’autres sur le mur, immédiatement les larmes montèrent à l’assaut, ton index allait à la rencontre des ces quatre jeunes filles, quatre sœurs souriant à l’objectif, quatre visages de vie, quatre témoignages d’un bonheur.
Je sais qu’elles sont comme ta propre famille, qu’elles sont comme tes propres enfants.

Ton index désigne le premier visage et dessine une croix, un mot, le seul que tu as pu retrouver, sort de toi : « Crac ».

 Le doigt se déplace et vise une plus jeune, dessine une croix et ... 

 Ton corps est secoué de spasmes, les larmes envahissent ton visage, je ne suis même pas sûr de savoir à quel point cette insupportable injustice te ravage. Je sais que tu as hurlé, homme sans les mots, quand tu as appris pour l’aînée il n’y a pas deux ans.

 Tu sais que l’issue est proche, l’aînée va venir prendre la main de sa jeune sœur et l’accompagner dans ce voyage.
Alors ton doigt, alors tes pleurs, alors ton visage déformé par l’indicible douleur qui disent l’inéluctable, l'inacceptable issue.

 

 


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