Rien à raconter

Blog de l'inutile, futile, mots du dérisoire arrosé, chronique édentée de l'anecdotique .

06 mai 2008

QUI SAURA

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30 avril 2008

EXTIME

Des mois que j’écris sur ce blog soi-disant intime, pourtant je le sais bien il est plutôt extime et j’y parle finalement assez peu de moi. Truly a pris le pouvoir, il faut dire qu’il  a de nombreux avantages, d’abord on ne le voit pas, alors c’est facile pour lui, il peut rouler des muscles aussi saillants que les miens sont défaillants, il peut faire le beau sans effort quand je joue, contraint, les Mister Hyde, il peut faire venir la larme à l’œil ça ne lui coûte pas beaucoup.

Bref, il commence vraiment à m’agacer le Truly.

Alors ce soir, c’est décidé, j’intime. Dehors le Truly, marre de rejouer les Mister Eraserhead, ce soir je le lynche l’ami Truly.

Bon, je vais parler de moi, oui c’est ça, je vais me révéler.

Je ne m’inquiète pas trop, ça va sûrement venir, faut dire que je n’ai pas trop l’habitude de parler de moi, je suis tellement pudique, c’est vrai je vais bien trouver quelque chose d’intéressant, voire de passionnant, juste un petit quelque chose. Là comme ça, je vous le concède mais ne cèderait pas pour autant, je ne vois rien à dire, c’est une vie tellement normale, si terne et si banale, circulez ya rien à lire.

Pas une idée à l’horizon de mon clavier, les lettres qui me regardent goguenardes, les neurones qui se font la malle, sans un mot,tous me disent allez mets un point final.


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21 avril 2008

GUERISON

J’attendais patiemment mon tour, j’écoutais tranquillement les interventions de collègues connus ou non, des sujets que je découvrais ou non, d’une oreille plus ou moins attentive. Il prit place à la tribune avec une de ses collègues,  la prestation fut sans intérêt, la lumière blafarde et verdâtre de sa bêtise crachait quelques rayons fatigués sur l’assistance, il était si terne, quelques rires plutôt gênés fusaient au ras de la moquette, il étala, cerise sur l’indigeste gâteau, sa goujaterie en interrompant cavalièrement, triste canasson, la parole de sa partenaire qui ne prit pas la peine de relever le gant de l’imbécillité et je me disais qu’elle avait bien raison.

 Et moi je pensais à la même scène l’an dernier, je jubilais alors de le voir si con, si proche de ce qu’il est vraiment et je me disais là au moins tout le monde va voir, tout le monde va se rendre compte du vide sidéral du bonhomme, c’était pour moi comme une revanche après des mois à vomir mon mal être,des mois à me cogner à sa cuirasse toute de bêtise crasse ,des mois à crier dans le désert,mais je n’y mettais pas les formes,mais ma colère emportait tout sur son passage et toute ma hiérarchie se laissait aveugler par les feux de ma fureur, ce que j’avais à leur dire ne franchissait pas la barrière de mes mots incendiaires et cela arrangeait bien tout le monde .

 

Et là, j’ai soudain mesuré le chemin parcouru, plus rien ne se passait, le fil aliénant était rompu, je ne me réjouissais pas de son naufrage, je songeais simplement comment j’avais pu me faire démolir par un benêt pareil, je songeais à ces mois d’arrêt maladie, terré dans ma dépression, je pensais à ces trois années de traitements chimiques, je pensais à tous ceux qui m’aiment, à ceux qui m’apprécient , à ceux qui ne me reconnaissaient pas, pris que j’étais dans la nasse manipulante.

 

Il pouvait bien se pavaner dans sa nullité, il pouvait bien étaler son insondable vacuité,la chanter  dans toutes les langues, sur tous les tons, c’était terminé et je me foutais tout autant de ce que les autres pouvaient penser d’un tel personnage, je n’ai plus besoin de mettre le baume de la vengeance sur mes cicatrices, j’ai repris mon chemin et je sais que sur ce chemin là je ne le croiserai plus, définitivement.


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12 avril 2008

LE FORUM

Le petit amphi était plein, les interventions, NE PAS DÉPASSER 10 MINUTES, s’enchaînaient, sans déchaîner qui que ce fût, , les PowerPoint prenaient le pouvoir sur de  pauvres tacherons tâchant d’être dans les temps, relisant laborieux leurs notes, s’échinant sans rechigner, le barbant était monarque au royaume du pitoyable massacrant sans vergogne par son atalent le travail de ses subordonnés, le hiérarchique mais ne crache pas sur les miettes de gloriole du moins le croit-il s’imaginant susciter par son talent supposé par lui les rares rires de l’assistance.

Je m’étais installé en bout de rangée, avais repéré les toilettum pour nous les hommes sachant de quoi est capable mon pauvre corps sous les coups sournois du trac, ce vieux compagnon de routes et déroutes. Au premier rang siégeait l’aréopage complété par quelques courtisans empesés autant qu’empressés, et çà hochait la tête et çà riait quand le chef opinait, avec un mimétisme touchant.

La maîtresse du temps, impitoyable, coupait la parole à tour de bras, interrompant certain naufrage mais coulant aussi de tranquilles embarcations, il faut le dire, çà ronronnait ferme, çà montrait ostensiblement qu’on avait bien compris le thème du forum, çà martelait le nom qu’il fallait placer, çà l’ânonnait même avec une insistance zélée.

L’ardeur de la maîtresse susdite avança le moment de l’épreuve, je laissai piteux poli ma partenaire descendre la première vers le lieu de notre exécution, je la délaissai se diriger conquérante vers estrade et micros et contre toute attente,,devant les yeux émerveillés de tant de bravoure de la rangée de chefs et cheffes ,pris la tangente et la porte de sortie de l’amphi, puis revins de suite sur mes pas, tête basse, comprenant que je n’avais pas le choix, j’espère que ma phrase n’est pas trop longue au risque que vous perdiez le fil de ce moment palpitant , enfin pas tant que çà, où justement le mien de palpitant s’emballait de peur , des peurs primaires, rater la première marche, ne pas réussir à ouvrir le micro, ne pas savoir faire fonctionner le poouèrepointe , m’abîmer en mer, en bref je m’installai face à un public à qui, je me le demande encore.

Laisser passer quelques secondes, le coeur se calmer, un coup d’œil sur le matériel, les autres y sont bien arrivés , dix heures c’est l’heure à laquelle je préviens ma maman que je vais venir déjeuner, il faut dire que le vendredi quand je le peux je déjeune avec mes vieux parents, mais il me faut bien me lancer, éradiquer le trac par une accroche forte, mettre la barre bien haut pour être sûr de passer dessous, montrer que je possède mon sujet, j’ai l’impression qu’un murmure inaudible s’échappe vers un micro surpris par mon filet de voix , mais c’est bien moi et l’on me dira que ma voix était assurée , que mon sérieux papal faisait plaisir à voir, surtout ne pas regarder la Directrice de l’Action Sociale, modèle de sérieux à l’humour étique : «  notre intervention était prévue à dix heures vingt, il est dix heures , nous allons passer à l’heure prévue » , ne regarder personne,laisser  un lourd silence  invité surprise s’asseoir, consulter ostensiblement ma montre «  encore dix neuf minutes, çà va être long » comme les têtes hiérarchiques qui s’allongent tandis que la piétaille, mes égaux, enfin se marre , je peux commencer les hostilités et mettre fin à l’angoisse de  ma collègue d’infortune qui se doutait de quoi j’étais capable.

Ainsi il serait question de subsidiarité et d’obligation alimentaire, je proposai à l’assemblée sous le charme de mon charisme, surtout ne pas regarder le rang des pontes, « un petit détour par l’étymologie pour bien comprendre de quoi l’on va parler ».

Je remontai, monstre de sériosité, au 14e siècle, pour évoquer  « ces chevaliers subsidiaires »  grâce auxquels, et là je ne les félicite pas, je suis là aujourd’hui devant 150 personnes qui par un prompt renfort, mais là c’est une autre histoire.

Devant l’hilarité suscitée par mes propos pourtant fort éclairants autant qu’érudissants, ne pas regarder le premier rang, une soudaine frénésie me saisit et j’évoquai le verbe haut « ces chevaliers à l’armure rutilante,au casque coruscant,  leur lance piteusement posée à terre, inutile ... » avant de tomber de cheval et reprendre le cours normal de ma brillante prestation, il faut dire, et c’est là un bénéfice collatéral de mon abyssale timidité, que j’avais beaucoup travaillé le fond de mon intervention

La maîtresse du temps en resta coi, là encore je me le demande, et après vingt minutes, se décida enfin à reprendre son rôle, c’est que moi à la tribune je me plaisais bien.

Ma modique modestie légendaire m’oblige à ne pas vous parler des multiples témoignages que je reçus après cette exceptionnelle prestation extraordinaire, oui j’en souffre mais c’est là la crue vérité, jusqu’à cette Directrice d’Action Sociale, c’est son titre, qui en conclusion de ce forum, c’est son nom, révéla à un auditoire encore sous le charme «  avoir reçu le témoignage que l’on pouvait faire du travail sérieux sans se prendre au sérieux ».

 Ben ma pauv’dame, c’est que je me tais à vous dire ou plutôt à ne pas vous dire.

 

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07 avril 2008

UN VENDREDI HABITUEL

17 heures,  un vendredi habituel à Rennes, les bureaux recrachaient les modestes employés, les cadres seraient évacuées un peu plus tard,  l’avenue Janvier était prise d’assaut par des véhicules légers, un acrobate cycliste préparait son numéro de cirque, les deux roues motorisés filaient un coup à droite,  un coup  à gauche, un bus dégingandé changeait de file sans crier gare, il faut dire à sa décharge qu’elle était derrière lui, des piétons piétonnaient, chacun semblait savoir ce qu’il avait à faire.

Tout était normal, tout était en ordre dans ma bonne ville de Rennes.

 

Des automobilistes pleins d’empathie se faisaient des petits gestes amicaux soulignés de conviviaux coups d’avertisseur. Un véhicule rouge plus pressé que d’autres faisait hurler sa sirène hurlante, tout était normal dans ma bonne ville rennaise.

 

17 heurs 02. Arrivée au pont Pasteur, quelques badauds penchés au dessus de la Vilaine. Un véhicule qui s‘engage sans état d’âme sur le trottoir, s'arrête dans un crissement de film, on allume ses feux de détresse, on s’éjecte à l’avant, on s’éjecte à l’arrière, portable à l’oreille, les portières claquent, les passants s’offusquent, et çà s’indigne et çà fulmine  contre ces irrespectueux qui ne respectent rien .

 

Çà n’est pas normal dans ma bonne ville de Rennes un tel manque de savoir se garer.

 

Ce samedi, quelques lignes dans le journal de ma ville. Le corps de l’étudiant disparu depuis cinq jours retrouvé dans la Vilaine près du pont Pasteur vendredi vers 16 h 45.

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04 avril 2008

COMME AVANT

Cela faisait si longtemps. La dernière fois, tes doigts agiles caressaient les cordes de ta vieille guitare, la dernière fois tu massacrais un vieux Beatles  dans ton drôle d’anglais, la dernière fois tu étais le roi du barbecue, la dernière fois  tu nous faisais si bien croire que tout allait bien, la dernière fois. La dernière fois tes mots dévalaient la pente de tes idées, la dernière fois l’alcool était ton compagnon de toutes les fêtes, la dernière fois la cigarette était ta compagne des instants de doute, la dernière fois. La dernière fois, tu avais tous les appétits, la dernière fois tu étais le petit frère aux doigts d’or, la dernière fois tu étais le petit frère au cœur d’or, la dernière fois.

Pour la première fois depuis ce maudit matin où ton cerveau t’a trahi, ce maudit matin où l’on te retrouva dans ton sang, ce maudit matin où tu finis par sombrer après des heures de lutte solitaire à terre, pour la première fois depuis ces quatre années comme autant de siècles nous nous sommes retrouvés.

Comme avant nous avons terminé le repas  par la   séance rituelle de diapos, nous avons ri comme avant devant l’écran impitoyable de nos souvenirs d’enfants heureux.

C’était comme avant, presque comme avant.

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02 avril 2008

PORTAIL

Il a arrêté sa petite auto , a sorti son mètre démesuré, a pris le pouls du pauvre portail dépoitraillé, a tourné un visage défiguré autant qu’expressif pour nous dire que décidément le fidèle serviteur ne passerait pas les tempêtes qui ne manqueraient pas d’éprouver sa vielle carcasse.

Il a pris des mesures de haut en bas et de long en large, il a sorti de belles images de portails fiers comme des bars tabac, tous rutilants dans leurs robes d’aluminium, le vieux portail, peiné, écoutait le pêne baissé, honteux de ses jambes en pévécé délabré. Il savait que les dernières heures arrivaient, que les derniers vents allaient danser l’ultime ronde frénétique, il savait qu’il ne pourrait pas lutter contre de plus jeunes, de plus beaux, de plus solides. Il leur souhaitera bons vents, sans rancoeur, avant de s’en aller rejoindre le cimetière des portails.

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28 mars 2008

UNE COMMODE SCANDINAVE

C’était décidé ce serait un temps dédié au Dieu Bricolage. Papy avait pris sa plus belle caisse, les outils rutilaient inutiles depuis tant de temps, tant qu’ils ne sont pas en rut passe encore,la perceuse était comme neuve, starlette n’ayant jamais percé dans ce monde impitoyable, la scie se faisait scier depuis si longtemps que çà où cirer ici ou là la délassait . Les clous s’en foutaient royalement tandis que les vis et autres tournevis nervis énervés d’inaction s’en fichaient pas mâles.

Bref tout le monde s’en allait confiant à la grande mer castine , casting de folie sans crainte du petit escogriffe de bricoleur jamais à l’heure .

Le meuble en pin scandinave s’en payait une bonne tranche à la vue du bricoleur à l’air ahuri entouré de tous ces morceaux de bois et autres vis et contre vis se battant vaillamment contre une armée d’écrous et contre écrou dans leurs beaux habits écrus qui l’eut cru pendant que des planches stoïques qui deviendraient mais plus tard, beaucoup plus tard, elles ne le savaient pas encore, les tiroirs d’une commode qui ne s’en laisserait pas conter . Déjà les pointes perfides compagnes se pointaient pour faire le dos de la belle toujours aussi peu commode mais qui commençait à y ressembler sous les mains expertes profitant du moindre relâchement de l’ennemi, que dis-je de tous ces ennemis surgissant qui de ce manuel scandinave qui n’avait pas la moindre trace d’une explication, juste une indication, en français, qui de ce vis solitaire et nargueur, arguant non sans une certaine et vicieuse justesse qu’il devait bien servir à quelque chose , ne serait-ce que pour rendre la belle scandinave plus commode. De guerre lasse , après des heurts d’effort et avoir trouvé une place au dit vis, le futur de cujus rendit les armes contemplant sa belle ouvrage d’un œil morne et torve à la fois, sans doute la fatigue, tandis que le meuble ainsi fait baillait de ses cinq tiroirs.

Le coup de grâce me fut donné par la jardinière laquelle rentrant de son héroïque combat dans  les éléments déchaînés de la belle tempête d’émeraude m’asséna sans ménagement un ténébrien, si si,  « c’est normal que les tiroirs soient ouverts, c’est pour aérer ? ».. 

 

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22 mars 2008

CULTIVONS NOUS

Une de mes chères collègues s’en est allé voir de bon soir Le Roi Lear. Pfft, sans doute une pâle resucée, un imitateur du grand Disney. Ladite collègue nonobstant chère s’étant endormie une heure avant la fin ne comprendra rien quand sortira inévitablement Le Roi Lear Deux. Je me marre. Secouez et faites pire avant que je ne le fasse.

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20 mars 2008

Un patient anglais

Un patient anglais nous a quitté pour rejoindre ses potes, les sympathiques fantômes de son premier film, ce délicieux Truly, Madly, Deeply,  chef-d’œuvre d’émotion, bijou de simplicité, joyau d’intelligence, loin des fastes-food d’Hollywood.

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