Rien à raconter

Blog de l'inutile, futile, mots dérisoires,mots d'est, mots lestes, mots dits,mots tus. Mes mots.

02 novembre 2009

CADEAU

Le cheval, le cheval, le cheval va dans le hall. Le mouton, le mouton, le mouton est dans le font  .

A mes admirables lecteurs qui s’empresseraient de saluer le saut qualitatif de ma pauvre prose, à mes  lectrices amies qui se pâmeraient devant cette improbable métamorphose d’un piètre scribouillard en écrivain à l’inspiration enfin remontée d’un puits aux eaux croupissantes et aux mots mort-nés faute d’oxygène, à mes doigts gourds comme d’autres sont sourds aux beautés de ce monde , à mes neuneurones  fatigués d’avoir si peu servi, asservis, je me vois contraint d’avouer que ces mots libres que je suis incapable de seulement imaginer sont ceux de ma petite Lili pour l’anniversaire de son vieux papy .

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19 octobre 2009

SOLDES

Elles s’affichaient sans vergogne, sûres de leurs charmes, bien alignées côte à côte comme une armée en ordre de  bataille. C’est vrai qu’elles étaient belles, pas un grain de poussière, pas un grain de folie non plus, mais était-ce ce qu’on leur demandait. Elles affichaient toutes leur sobriété, les unes dans  un marron seyant, les autres osant un noir éclatant. Chacune semblait me dire  viens, viens à moi je t’attend. Mais il faut croire que pour elles aussi les temps sont durs.Elles étaient là ,figées dans le froid du petit matin, solitaires finalement dans leur alignement impeccable. J’admirais discrètement, il faut dire que je ne tenais à ce que l’une m’attire entre ses... , mais ceci me regarde finalement, j’admirais, disais-je, une ligne épurée ici, une rassurante sobriété là, ou bien encore une rondeur maternelle, mais je ne m’approchais pas trop, trop tôt leur murmurai-je, trop tôt et encore trop cher.

Les temps sont durs pour elles aussi et le client difficile, c’est sans doute pour cela qu’elles étaient curieusement ornées d’affichettes bigarrées autant qu’incongrues. Je voyais bien qu’elles les supportaient avec une certaine gêne, voire une honte certaine, la honte de tomber si bas et de s’exhiber ainsi avec des moins 20 %, moins 30 %.

Pourquoi pas  la deuxième gratuite songeais-je en m’éloignant, les laissant à leur triste sort. L’idée m’arracha un pâle sourire.

A quoi servirait donc une deuxième pierre tombale.

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12 octobre 2009

Pilule blanche

Ce lundi il a pris la dernière petite pilule blanche. Quatre ans, cinq ans, il ne savait plus quand avait commencé cet enfer, mais il se souvenait très précisément comment et surtout avec qui. Parfois au détour d’un couloir, il croisait cette chose du temps passé, mais il n’avait plus besoin de durcir ses traits, plus besoin de serrer les mâchoires, plus besoin de retenir ses poings prêts à aller percuter cette chair flasque, ce visage mou, ces yeux globuleux, non il se contentait désormais de frôler  ce vide abyssal qui pourtant a su un jour lui faire tant de mal, cet autre là n’existait tout simplement plus. La dernière poussière de colère s’est ce matin envolée.

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02 octobre 2009

LUCIDITE

T’es moche avec tes poches sous les yeux aux paupières tombantes. Pauvre petit vieux, tu te crois encore drôle alors que tu n’es que pathétique avec ton humour poussif d’un autre temps, les sourires de tes jeunes collègues ne sont que compatissants devant ce naufragé. Tu te crois encore beau dans ce costard aussi étriqué que ton intelligence, tu bois les paroles de tes chères collègues qui te parent d’une élégance dont tu n’as qu’une lointaine apparence. Et ces sourires qui naissent aux coins de bouches et yeux malicieux ne sont que narquois précédant les flèches qui un jour sortiront de leurs carquois pour achever la bête déjà moribonde. Tu te crois en odeur de sainteté alors que le rance et l’odeur de ta fin sèment déjà leurs effluves nauséabonds dans ton sillage incertain. Pitre pitoyable dont on s’amuse alors qu’il croit amuser.

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25 septembre 2009

La jeune femme

Elle s’engouffrait tailleur impeccable dans l’escalier, il suivait costume de lin fripé. Elle fonçait vers la lourde porte. Il s’efforçait de faire bonne figure dans la descente. Elle volait sur ses talons aiguilles. Il ahanait  dans ses Mephisto fatiguées. Elle faisait déjà un sort à la porte. Il peaufinait sa repartie brillante et spontanée. Elle ne manquerait pas de lui tenir la porte. Il lui décocherait un trait dont il a le secret. Elle serait terrassée par tant d’humour. Il porterait l'estocade. Elle ne s’est pas retournée. Je me suis pris cette maudite porte sans synonyme dans la figure.

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17 septembre 2009

Petite goujaterie

Il arrivait plein d’entrain pour assurer brillamment  sa permanence de service social, la bouteille d’eau bien gazéifiée dans la main gauche, détail qui ne veut peut-être rien dire pour vous mais qui veut dire beaucoup pour lui. De la main droite il tenait fermement malgré son grand âge une chemise pleine de dossiers maintenue contre son flanc musculeux, enfin une épaule solide et amicale soutenait avec aisance la sangle au bout de laquelle se pavanait une sacoche de cuir noir.

 

Il avançait vers la lourde porte d’entrée réservée aux artistes de l’institution. Il n’en laissait rien paraître, non ce n’était pas le style de l' homme, mais l’inquiétude grandissait comme grandissent les rêves d’espoir d’un peuple humilié par tant d’années de, je m’éloigne, l’inquiétude le gagnait, au point de lui faire perdre sa mâle assurance, une question le taraudait, le lancinait, l’assaillait comme le doute assaille le plus courageux des guerriers du même nom au moment d’affronter le féroce, mais je m’égare. Ainsi il doutait et profondément, se demandant avec angoisse et anxiété comment il allait bien faire pour extirper  le badge d’accès de la poche gauche de son élégant pantalon de lin amoureusement repassé le matin même par sa tendre et nonobstant épouse.

 

Soudain, heu non, alors, il aperçut, se dirigeant vers la même porte, armées de leurs sourires et brushings dernier cri, deux jeunes femmes, lesquelles dans un passé lointain eurent l’inestimable honneur d’être collègues de l’homme.

 

Un grand sourire en bandoulière il leur décocha un alléchant :

 

 «  J’attendais que deux belles femmes m’ouvrent la porte ».

 

Les bouches s’arrondirent, le rose monta aux joues, les cils papillonnèrent, les mots balbutièrent et le sésame ouvrit la porte en grand .Il ne bougea pas et  décocha dans un sourire touchant :

 

 «  Ce n’est pas grave, j’attendrai ». 

 


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30 août 2009

RENDEZ-VOUS

Le lieu était déjà désert, un agent de sécurité à la mine finalement pas si tibulaire que ça rondait, j’entends par là qu’il accomplissait,  plein d’une application qu’on devinait à ses bottes bien cirées, à sa moustache frémissante, à son oeil vif et sur le qui-vive tel un épagneul breton, mais je m’égare, sa ronde.

Je sortis débonnaire, mais pas tant que ça, de ma petite voiture et me dirigeait l’air dégagé vers le petit local où elle exerçait ses talents au vu et sus, si si, de tous.

 

L’épagneul s’était éloigné.

 

Je pénétrai dans l’exigu local qui lui servait de lieu de travail, me glissai adroitement dans la salle d’attente, interminable, l’attente pas la salle, minuscule, et j’attendis, le cœur battant avais-je bien pensé à tout, jetais un coup d’œil discret sur ma tenue, je savais, mais moi seul, une de mes petites chaussettes bon marché trouée.

Elle s’affairait, je le devinais, dans sa petite pièce contiguë dit-on sans malice, la journée avait sans doute été longue, elle avait été chaude certes trouée de quelques cirrus, nimbus pressés, je m’imaginais déjà le dernier client vite expédié. L’inconnu ajoutait à mon angoisse qui lentement montait, on m’avait dit au téléphone que c’était une nouvelle, on a ses petites habitudes et la prédécesseuse, allons allons, comme je dirais si si, sans malice aucune, encore, si elle avait un côté braque, sans parenté avec l’épagneul suscité en deux mots, sa prédécesseuse, que ce maudit correcteur tient à mettre en eur  disais-je, au moins menait rondement son affaire.

Tout à mes pensées, l’impétrante me prit au dépourvu, je me levai comme fasciné, une chaleur humide m’assaillit me ramenant dans les ruelles sombres de Bangkok, ou de Lausanne, ma mémoire défaillante me fait défaut, bien enfoncer le clou. C’est le toit y a pas d’isolation m’asséna-t-elle en préliminaire glacé.

Je me retrouvai installé dans un drôle de fauteuil, la belle préparait ses petites affaires, elles aussi étaient nouvelles, oui mais l’autre dame..., un enlevez vos chaussettes me cloua le bec et encore plus au fauteuil , heu les deux Madame ??

Mademoiselle !

La suite ne fût qu’un long supplice, elle ne le bâcla pas le dernier client, non, elle le dégusta à petit feu , ses outils comme affûtés par tant d’attente, venant de leurs crissements chuintements et hurlements rompre le silence de ma douleur intime. Elle massa, elle lima, elle tortura, elle se démasqua puis elle l’extirpa mon petit cor.

 

Finalement elle est plutôt sympathique la nouvelle podologue.

 

 

 


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22 août 2009

L'AMI

Il attendait patiemment depuis si longtemps, tapi dans l’ombre de sa gentillesse. Il guettait sa proie fragile, confiante, rassurée par son bon sourire. Il l’écouterait encore et toujours compatissant tout en tissant au fil des confidences la toile dont il l’enserrerait un jour.

Il n’était pas pressé, il attendrait encore, la laissant s’emmêler dans les fils d’un amour pour toujours  dont lui seul voyait déjà la mort amorcée, il serait fugace, il était sagace. Qu’elle s’amuse avec son bel amant, il la cueillerait au détour de son insurmontable chagrin, et quand toutes ses larmes auront asséchées son jeune corps, alors il se débarrassera de sa cape d’amitié, il effacera enfin sur ses lèvres ce sourire stupide dont elle se parait en le voyant. Toutes ces heures à jouer le fidèle, le vieil ami inoffensif, toutes ses heures sacrifiées ne l’auront pas été en vain. Enfin, elle comprendrait, mais un peu tard,  ce qui l’attendait après le dernier virage.

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13 août 2009

OURS

Le vieil ours sortit de sa tanière, prudemment regarda autour de lui, le vide, pas un lecteur. Il allait pouvoir poser ses mots blessés d’ours mal léché sur la page blanche de ses peurs noires. Un mot sortit, ours bien entendu, suivit la tanière puis les petits mots ridicules s’affalèrent maladroits, titubant sur la page blanche, comme étonnés de retrouver la lumière de l’écran, les droits gourds courent à nouveau, les lettres pantins désarticulés, petites choses fragiles , s’assemblent, ne se ressemblent pas mais tentent désespérées de faire sens, insensées. L’aigri écrit .

Posté par Truly à 23:21 - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 juin 2009

Compagne fidèle

Elle l’a d’abord pris par surprise, là où il s’y attendait le moins, entre poireaux et carottes, elle lui a  fait mettre un genou en terre, à terre aurait bien suffi, mais il fallait sans doute que le message soit clair. Dans une pâle et mâle attitude il s’était relevé, un sourire de défi aux lèvres, mais l’ennemie ne lui laissa pas le temps de soupeser la poire et cette fois elle lui fit monter le blanc  de neige aux joues qu’il avait couperosées. Il sentit qu’il allait tomber dans les pommes. Dans un effort désespérant, il cria grâce, mais personne ne se retourna et il continua de faire pâle figure en rang d’oignons.

Il faut croire que ce n’était qu’un simple avertissement au frais de la princesse, il reprit son souffle honteusement caché parmi quelques tomates, cerises sur le gâteau ce qui ne gâte rien. Autour de lui personne ne semblait avoir remarqué l’échauffourée glaciale. Sa femme le tança, l’œil humide, t’as pensé à l’ail ?

Les jours suivants, il resta sur ses gardes mais rien ne vint, une main amicale sur l’épaule le faisait sursauter, mais il semblait avoir été oublié par la belle et reprenait des couleurs sur ses vieilles douleurs.

La seconde rencontre n’en fut que plus cinglante, il paradait, il décochait ses bons mots, décrochant des sourires qui s’ils les avaient bien regardés n’étaient que complaisants, mais savait-il encore  voir. Il n’y eut cette fois là qu’un seul coup, long, terrifiant, patient. Prenant tout son temps pour fouailler ses entrailles, elle lui disait je ne te lâcherai pas, tu n’oublieras pas cette fois, la mer s’était retirée laissant son visage exsangue, les rides sablonneuses s’évertuaient en vain à ne pas devenir verdâtres, le souffle était encore plus court que d’habitude, rien ne bougeait, figé, le temps arrêté. Je ne la voyais pas, j’ignorais pourquoi elle s’en prenait à moi. Il s’arrima au premier meuble venu, pas un mot n’osait se montrer, les sourires vaquaient à leurs occupations, il savait qu’il était seul avec elle et qu’elle serait fidèle. Elle relâcha petit à petit son étreinte, doucement presque amoureusement il la sentait glisser langoureuse sur son corps mourant, tout en lui susurrant je suis là si tu as besoin de moi et crois-moi, tu auras besoin de moi.

Elle a finalement abandonné la partie, il y a tant d’autres pauvres humains à faire souffrir, mais je le sais, un jour elle reviendra, sournoise, ailleurs de mon pauvre corps, préparer le terrain pour sa bonne copine, la faucheuse, la fâcheuse, celle qui nous attend tous, patiemment.

Posté par Truly à 10:26 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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