Rien à raconter

27 janvier 2012

A votre santé

 

On soupçonne un avécé du cervelet, m’aurait étonné qu’il fût cérébral, faut pas trop demander. Le petit homme réagit avec dignité à l’annonce brutale et nonobstant souriante de l’interne «  vécés, ça tombe bien j’ai envie d’aller... » . Le regard égaré de l’interne susmentionnée ne lui permît pas d’aller plus loin. «  Faut pas vous lever » C’est vrai j’avais oublié que je ne savais plus marcher.

Juste une sensation étrange en fin de soirée, déjà au lit , l’impression que quelque chose se passait quelque part dans le cerveau, enfin diront les mauvaises langues, il était temps  ajouteront les bonnes copines. La soirée avait pourtant été agréable, le plaisir de retrouver les mêmes amies, une pizza, un verre de chianti, quelques souvenirs égrenés, quelques anciennes collègues égratignées, des bons mots, des fous rires, des silences.   Le silence de la maison, prendre un bon bouquin puis cette drôle de sensation, Ellroy attendra, demain matin ça ira mieux. Le lendemain ma nouvelle compagne sensationnelle était toujours là, elle se leva en même temps que moi, elle tituba avec moi, un verre de chianti diantre , elle replongea sous les draps avec moi , ça ira mieux à midi.

Midi, mon médecin, elle est jeune, elle est sympa, elle tente désespérément de me faire tomber dans ses bras, mais je résiste héroïquement, mes pieds vont où ils veulent, mais pas vers elle, je ne sais plus marcher, mes pas m’échappent comme mes mots me désertent, je ne sais plus écrire, je ne sais plus où je vais.
Elle, sait , ce sera les urgences de l’hôpital. Elle soupçonne.


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07 novembre 2011

Tant à raconter

Tant à raconter, mais les mots se sont fait la malle, l’envie aussi on dirait, le courage encore, pourtant j’essaie, mais mes doigts restent suspendus au-dessus des lettres, imbéciles et sans vie. Je reste, prostré, devant l’écran, le temps passe, le temps presse, j’essaie encore, je force les mots, je les colle au mur de la page blanche, je les fusille du regard, mais ils refusent obstinément de s’aligner, insensés.

Je reviendrai, pourtant, j’essaierai encore, j’aime écrire, j’aime partager, vous rencontrer. 

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08 septembre 2011

COLLISION

La journée avait été calme, du travail de bureau, quelques coups de fil, quelques notes à travailler, j’avais descendu la grande tour et ses quatorze étages et je traversais  tranquille, serein, la grande esplanade du nom d’un général gaullois dont les plus jeunes doivent ignorer jusqu’à l’existence.

Le soleil était encore timide en ces premiers jours du printemps, mais plutôt que de m’enfourner dans le tube du  métro à une seule ligne de la plus petite ville au monde à posséder un métro, certes à une seule ligne, je décidai de continuer à pied jusqu’à l’arrêt de bus et de traverser ainsi le grand temple dédié à la consommation, à toute les consommations.

 

J’avais mon sac à dos fièrement accroché à mon épaule, droite même si c’est un détail pour vous comme dit la chanson du berger, je m’égare de nouveau,je traversai tout d’abord cette place ouverte à tous les vents et à tous les errants de la ville, un vieil accordéoniste ici, quelques chiens et leurs maîtres là, un vrai clodo las et une main tendue ici-bas, je slalomai entre les marchands de fringues ambulants, les sondeurs et autres prosélytes pour m’engouffrer enfin dans le temple. J’aime bien  cet endroit, véritable Babel des temps modernes, j’aime ces gens, leur diversité, je suis loin de mes jeunes années et de cette ville bourgeoise et étriquée qui ignorait encore qu’elle deviendrait la plus petite ville ad libitum   . Et c’est sans doute ce plaisir de déambuler ainsi qui avait fait naître sur mes lèvres ce léger sourire, moi que ne sait pas sourire ou si peu, si mal. Mon regard vivait sa petite vie tranquille, peinard et profitait du bonheur présent, rien ne pouvait m’arriver, la culture à ma gauche, la bouffe à ma droite, la mode ici, la déco là, je déambulai en toute innocence.

 

Et lui je ne l’avais même pas vu, peut-être mon regard qui vivait sa vie l’avait-il juste un instant toisé, peut-être mon sourire, tout aussi indépendant, l’avait-il agressé , en un instant je le vis au moment où il allait me croiser comme j’en avais croisé tant d’autres avant lui, je le vis donc modifier brutalement sa trajectoire, grand balèze jeune, ombre tout à coup immense, et venir me percuter violemment à l’épaule , gauche pour le coup, en m’assénant un définitif «  Sale pédé », je cite de mémoire défaillante.

Le petit homme alla s’affaler, interloqué, contre une vitrine qui eût la bonne idée de résister, elle. Et pour mieux souligner la pertinence de son propos, les seules personnes qui vinrent s’enquérir de mon état de santé, pauvre petit vieux qui se remettait sur pieds et de ses émotions, furent deux messieurs certes respectables, mais tout de même j’avoue que la chose me perturba durablement. Lui avait poursuivi son chemin, sans se retourner et je ne vis jamais son visage.

Oh bien sûr, ce fût peu de chose, juste une toute petite agression banale et sans conséquence sur mon merveilleux physique, tout de même et sans doute la même question trotte-t-elle, insidieuse, dans les têtes de victimes de vraies agressions, mais qu’est ce que j’ai bien pu faire pour provoquer cela. Il m’a fallu quelques semaines pour sortir cette antienne de la mienne, de tête, et me convaincre que c’était LUI qui n’allait pas bien, tout simplement, et que j’avais juste eu le malheur de le croiser, moi et mon sourire.

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03 août 2011

L'AGITE

Tu es allongé sur le dos, tu ne portes qu’une couche. Maman est assise, prostrée plutôt, à tes côtés. Tu es attaché, sanglé au niveau de l’abdomen, pieds et mains liés aux barreaux, comme enfermé dans une cage, comme si l’aphasie ne suffisait pas.Tes cheveux sont collés par le sang séché, les sangles sont arrivées après.

Après ta chute.

Avant de pénétrer dans le box n° 2, j’avais entendu tes cris presque inhumains, plus exactement j’avais entendu des cris, je ne t’avais tout simplement pas reconnu  dans ces hurlements de terreur et de désespoir.

 Maman, au masque de douleur et d’abnégation entremêlés,  tente maladroitement de sa main d’empêcher le flot des insanités qui jaillissent de son petit garçon, son bébé, toujours garder le sens des convenances.

Une infirmière entre, annonce, la voix toute de réprobation : 4,6.

Non ce n’est pas le poids d’un beau bébé, mais bien ton taux d’alcoolémie.  Pour eux tu n’es qu’un poivrot de plus alors que tu ne voulais être qu’un aphasique de moins.

Après plus de deux heures d’attente, on vient te chercher pour un scanner du crâne, je suis autorisé à t’accompagner. Je comprends mieux pourquoi cette faveur  quand j’entends que tu n’es pas Mr L, ni même le Box N° 2, mais en toute simplicité l’Agité. Les assistantes du manipulateur sont gentilles, l’Agité sort son grand sourire et badine à sa façon si personnelle.

J’ai passé trois heures à tes côtés, réussi à convaincre maman qu’elle en avait bien assez fait pour aujourd’hui et petit à petit, à force de silences, je t’ai apaisé, je crois, cela m'arrange de le croire.

 

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26 mai 2011

URGENCES EN FIN

Elle m’attendait et moi avant de la rejoindre j’affrontais l’ambulancière, mais cette fois-ci, j’avais anticipé, les pieds écartés au maximum, j’évitais l’affrontement direct, mon honneur était sauf, en ces temps troublés il convient d’être prudent et de ne pas mettre les pieds dans le plat. Ce n’est pas vraiment la formule adéquate, mais je m’égare.

 La chambre était vide, j’avais un vrai lit, la chance d’avoir à moins d’un mètre la douce lumière d’un éclairage public qui m’accompagnerait toute la nuit. J’allais découvrir par la suite que sous cette fenêtre se trouvait un emplacement pour les ambulances, mais j’étais heureux, seul, tranquille, j’ignorais qu’IL allait arriver.

 Et il arriva, il me  suffit de deviner un imperceptible mouvement de la tête, un court appui sur les coudes,   pour sentir le regard inquisiteur, le total désintérêt pour tout ce qui n’est pas lui, un pressentiment m’envahit, il précédait un autre envahissement mais je l’ignorais encore, ce quart de seconde fut suffisant pour comprendre que je n’allais pas sentir mon nouveau compagnon et sur ce dernier point je me trompais lourdement.

 Deux minutes après il se mit en demeure d’appeler  l’infirmière, que dis-je hurler à l’infirmière comme d’autres blessés de la vie hurlent à la mort, l’hurlage, je sais, hurlage n’existe pas mais ça me plaît, l’hurlage disais-je, sans effet, fut suivi de cinq minutes de borborygmes, d’onomatopées et de considérations philosophiques  nécessaires pour trouver le moyen idoine pour la sonner.

L’heure était grave autant que la situation et réclamait d’urgence le concours d’un bassinet, comment lui en vouloir , non pas au bassinet, mais à celui qui allait  toute la nuit, enfin ce qu’il en restait, me bassiner. Je me comprends, enfin je crois, j’essaie.

Après de vaines tentatives enrobées des mêmes borborygmes, l’infirmière compatissante consentit à retirer ledit bassinet, vide vous l’aurez compris. La séquence fut rejouée plusieurs fois avant que l’infirmière compatissante en voie d’excédation, oui je sais, ne lui susurre à l’oreille «  et maintenant on va vous le laisser dessous, hein, comme ça  y’aura plus qu’à le vider ».

Le bruit des entrailles fracassa le silence d’une nuit d’hôpital ordinaire, enfin la nuit pas l’hôpital, un tsunami d’odeurs fétides autant qu’emphitiques dévasta l’air inodore et sans saveur de la pièce, les vagues se succédaient sans relâche, un concert d’onomatopées, de jurons, de plaintes et de gémissements geignards accompagnait le bel effort.

Je ne respirais plus, la bouche était cousue, les narines pincées, le corps tendu se terrait sous le drap.

L’infirmière si elle était compatissante, n’était pas un « Nez » ou alors la routine lui fit dire un bien senti « Alors vous avez fait ?? ».

Je peux témoigner, malgré tous mes sens fermés, IL A FAIT, Madame l’infirmière.

La nuit fut une succession de plaintes apitoyées, de pleurs, de reniflements, de gémissements.

 Je n’entendis qu’une seule phrase après que je n’eus pu réprimer une quinte de toux plus spectaculaire que les autres.

 D’une voix claire et forte il asséna un définitif « Ah je risque pas d’oublier que je suis à l’hôpital ».

 Il m’arracha finalement un sourire, mais il ne le sut jamais.

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17 mai 2011

URGENCES suite

Après des heures entre attente solitaire, mon compagnon tuméfié m’avait depuis longtemps faussé compagnie , et examens de toutes sortes , un premier diagnostic posé , on me dit que j’allais être transféré dans le service de pneumologie d’un autre pavillon.

 

Après deux heures d’une patiente attente, tuyauté et perfusé comme il se doit, je profitai du passage inopiné d’une blouse blanche pour m’enquérir du sort qui me serait réservé, la réponse me réconforta «  si vous zon dit qu’y zallaient venir, y vont venir ». Effectivement y’a pas urgence.

 

Une heure de somnolences après, la porte du Box 8 s’ouvrit avec fracas mais sans perte, un couple d’ambulancières, dosage, dont on dit d’usage qu’il est savant , de charme et de drôlerie, en l’occurrence la rigolote et la belle blonde, déboula dans mon box.

En quelques secondes, je fus débranché et glissé avec moult ménagements dus à mon grand âge sur un brancard. Nous repartîmes tous droits pour de nouvelles aventures dans les couloirs, cette fois-ci plus encombrés en raison de l’heure tardive, je passai fièrement quoique un peu allongé devant le public  nombreux de l’accueil.

On me glissait dans l’ambulance , des images joyeuses percutaient mon esprit, enfin mon esprit je n’ai pas trouvé d’autre mot, cela allait du cercueil qui rentre dans le corbillard à celui qu’on enfournait pour crémation, quand soudain je fus tiré violemment de mes songes, le brancard était-il trop court, mon corps quasi inerte avait-il glissé, mais j’avais la preuve que j’étais encore bien vivant, je n’avais pas de doute, la blonde ambulancière me glissait dans l’ambulance en s’aidant de sa, il faut préciser que l’ambulance susdite était garée dans une pente pentue, ce qui expliquait finalement quand j’y pense que je glissais dans le sens inverse du brancard , elle me poussait donc dans l’ambulance en prenant généreusement appui sur mes pieds nus et ébahis avec sa poitrine elle aussi généreuse, tout de même gêné de cette situation je tentai désespérément et subtilement d’écarter les pieds, mais je ne réussissais qu’à écarter ses, enfin je vous passe les détails les plus traumatisants de ce transfert.

Finalement après 55 secondes de trajet l’ambulance s’arrêta aux portes du pavillon où m’attendait, je le croyais, la tranquillité d’une vraie chambre.  .  

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28 avril 2011

URGENCES

J’veux ma femme. Point barre.

Pendant des heures j’ai entendu la voix rugir à intervalles réguliers, au loin des cris puis des coups sourds, mais aussi et surtout de longs silences, parfois des gémissements derrière la paravent qui me séparait de mon compagnon d’infortune, des allées, des venues, la porte du box N° 8 qui s’ouvre, qui se ferme, le silence, l’attente.

 

Dès l’arrivée aux urgences, j’avais été invité à m’allonger sur un brancard puis l’infirmière m’avait masqué. Moi, par contre je ne voulais pas ma femme, plus exactement je ne voulais pas qu’elle perde des heures à m’attendre, je chargeai donc l’infirmière de lui faire entendre raison et dites-lui bien que j’ai une petite chance de m’en sortir, euh non ne lui dîtes pas ça, elle resterait.

Avait alors commencé  la course folle du chariot dans un dédale de couloirs, de ma position j’apercevais un étrange ballet de blouses blanches, je croisais des perfusions, des regards hagards, des regards perdus, des regards perplexes des couvertures dorées, des bouches édentées, des ordres fusaient, des gémissements diffusaient, des cris refusaient, il y avait des stoïques, des apeurés, des blasés, des allongés, des assis, des debouts, des solitaires .

 

Le masque faisait de l’effet, on me regardait d’un drôle d’air, moi qui en manquais et, privilège dû à ma drôle de toux, j’eus droit à un box et un seul compagnon d’infortune dont je ne fis qu’apercevoir en entrant le visage tuméfié.

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18 avril 2011

Sursaut

 

Le petit homme se faisait la réflexion que sa petite femme était désormais en retraite et qu’elle avait encore, ce qui n’est pas banal, tous ses parents et beaux-parents. Il se dit alors que ce serait bien qu’elle garde encore un peu son petit mari.

Son petit mari avec son poumon gauche qui s’époumone et le droit, quel manque de compassion, qui s’en bat les bronches continuant sa petite vie tranquille, son petit mari et ce coude qui d’hygroma en infection ne peut plus en découdre tout juste bon à soutenir une tête que désertent petit à petit les neurones obsolètes.   

Dans un ultime sursaut, il décida enfin de consulter, qui sait peut-être y avait-il, sans s’acharner, quelque chose à sauver.

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12 novembre 2010

OUPS

Il croit écrire dense, il écrit court et sans substance. Il s’escrime à trouver une rime à doryphore et comme décidément ce n’est pas son fort, il s’en sort  par une piètre métaphore. De temps à autre il glisse négligemment un nonobstant et ,ça ne mange pas de pain, un vieux gouspin. Complaisant, il se fait pitié avec ses mots piètres et plats et quand à la porte se masse l’armée de cloportes à l’affût des mots taris qui suffoquent du manque d’air et de talent, il Roberte sans vergogne.Quand enfin les doigts lourds et le cerveau gourd, il songe à déserter et battre en retraite avec ses derniers mots usés, à défaut  à tout va il ellipse ce qui faute d'idée conduit à l’éclipse de sens.

Oups.  

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09 novembre 2010

UN PETIT HOMME

Un petit homme un soir  sur un trottoir devant un restaurant  dit qu’il est le Président, il faut bien le croire.

Un petit homme  dit qu’avec son nouvel ami, le Président chinois, il n’y a pas de sujet tabou, qu’il parle de tout, de Nobel et de Tibet, c’est le Président il faut le croire.

Le petit homme nous dit qu’il a même  parlé des Droits de L’Homme, il faut croire que c’est lui, l’Homme, et il faut croire que ce chinois là laisse tout passer.

Faut-il le croire ?

 

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